La maison vide (roman)

  Laurent Mauvignier

Une écriture si singulière

C'est d'abord une écriture. Des mots, des phrases qui vous caressent, vous emberlificotent, vous oppressent, ne vous lâchent plus. Elles tournent, les phrases, elles cherchent la juste expression, la frôlent, la trouvent soudain puis repartent comme des vagues. C'est une écriture singulière, qui n'est pas sans rapport avec celle de Lagarce. Mais Mauvignier écrit des romans, des récits qui racontent des existences, des errances, des souvenirs, presque sans dialogues et pourtant bouillonnant de vie. Il a choisi pour ce roman de s'intéresser à sa propre famille, au travers, surtout, des femmes qui ont été sa grand-mère, son arrière grand-mère, et la mère de son arrière grand-mère. Il raconte, Mauvignier, il imagine aussi. Il n'a parfois presque rien, très peu d'éléments sur tel ou tel évènement, sur ce qu'auraient pu être les pensées ou les sentiments de personnes qui ont vécu il y a bien longtemps. Presque rien mais il brode, il reconstruit un passé, il déduit, il extrapole, et parce que c'est une histoire particulière, la sienne ou celle de ses aïeules, elle en devient universelle, elle embarque le lecteur. Il y a des pages terribles, et aussi quelques traits d'humour acerbe. Un bouquin énorme qu'on n'a pas envie de finir, on aimerait y rester plus longtemps, et puis on veut savoir, alors on va au bout et on le pose avec regret et la sensation d'avoir vécu des moments de grâce. 

 

Janvier 2026