Le maître du Kabuki

Sang-il Lee

Saisissant ou prodigieusement ennuyeux

C’est un récit assez classique d’opposition entre deux presque frères, l’un est légitime, l’autre pas, et c’est bien sûr ce dernier qui a la préférence du père (sinon, pas d’histoire). Ils sont tous les deux adolescents au début du film, puis grandissent, les années passent, il y a beaucoup d’ellipses qui rendent le récit un peu flou, les femmes sont outrageusement ignorées ce qui pourrait se comprendre puisque le Kabuki, spécialité et passion des deux hommes, est strictement interdit au genre féminin. Sauf que les deux protagonistes ne jouent que des rôles de femmes. Cette particularité n’est pas traitée. Comment font les acteurs masculins de Kabuki pour interpréter ces rôles ? Observent-ils les femmes de leur entourage ? Leur posent-ils des questions ? Que nenni, ils font comme les choses sont écrites, tout est codifié à l’extrême, chaque mouvement de tête ou de bras ou de la moindre phalange est inscrit dans le marbre, tout comme la manière de dire le texte, qui n’est pas sans rappeler la déclamation des tragédies européennes à l’ancienne. L’articulation exagérée, les phrases presque chantées, les intentions exacerbées. C’est tout à fait saisissant. Mais il se peut qu’au bout de trois minutes de Kabuki, vous ayez envie de passer à autre chose. Certes c’est beau et terriblement exotique, mais ça peut rapidement vous agacer un peu, beaucoup, prodigieusement. D’autant plus que cette manière de jouer sur scène semble déteindre sur les personnages dans la vraie vie. Tout le monde en fait des tonnes ! Le film dure trois heures, et malgré l’aspect tragique de l’histoire et la grande fresque à travers les années (les deux rivaux s’adorent, se disputent à mort, se réconcilient, et quand c’est fini ça recommence…), on peut avoir l’impression au bout d’une heure que l’on va y passer la journée. Ce qui est finalement le plus intéressant, c’est que cette tradition perdure à travers les siècles et l’évolution de la société, le Kabuki est immuable, pour le bonheur des uns, pour l’ennui incommensurable des autres.

 

 

Sorti le 24 décembre 2025 

Vos commentaires

Ce film peut être vu, perçu et répertorié, au premier abord, comme classique dans sa forme.

L'histoire d'un jeune homme doué pour la comédie qui se retrouvera après un événement tragique, dans les mains d'un maître Kabuki. 

Évolution physique, supplément d'âme poétique, interprétation viscérale sont au centre de cet enseignement.

Pour agrémenter cet ensemble, ce maître a un fils du même âge que notre protagoniste principal et entre eux, le cinéaste nous propose une palette de sentiments contrastés qui se développent autour de l'apprentissage du Kabuki : amitié, amour comme des frères, comparaison, jalousie, admiration...

Tous ces éléments pourraient déjà faire un long métrage (la position et la présence des femmes également) mais la qualité singulière du film est ailleurs.

Elle est dans l'image de cet art fondé au 17ème siècle sur la forme épique du théâtre japonais traditionnel.

Le chant, la danse, l'habileté technique, toute la quintessence et la compréhension de cet art pour un public novice sont là devant nos yeux. La perfection vocale donnant une tout autre intensité émotionnelle aux personnages, l'équilibre parfait du corps et la philosophie que cela implique sont présentés grâce à l'élégance des plans, de la photographie, des longues séquences de spectacles, de la minutieuse préparation, des rituels de transformation sur le plateau...

Et les expressions du visage qui expriment tout à la fois, l'être intérieur du comédien et de celui qui le représente, dans sa souffrance, son plaisir et sa simplicité.

Ce film est d'une grande beauté esthétique mais ne tombe jamais dans les dangers d'une contemplation vaine, démonstrative et/ou figurative.

A la fin du film, au bout de 3h, on aurait presque envie de rester dans la salle pour voir la séance suivante.

Et si cette sortie en France un 24 décembre était le cadeau de Noël du cinéma et en même temps le film de l'année ?

 

Guillaume C., le 3 janvier 2026

 

 

Je ne m’attendais pas à ça.

Je ne m’attendais pas à tant de beauté, de lumière et de couleur.

Je ne m’attendais pas être emportée par l’émotion et être en larmes devant l’extraordinaire scène de fin.

Que sait-on de ce qui nous touche dans un film ?

Le kabuki m’est un art complètement inconnu, qui vient d’une autre planète, d’un autre temps.

Et les premiers sons émis par ces hommes ont de quoi surprendre. Rien de très engageant musicalement, qui frôle l’inconfort. Peut-être comme la première fois où j’ai écouté de la musique arabe. Un dépaysement total, presque incongru. Qu’est-ce que c’est qu’ce truc ?

Et pourtant… la magie a opéré à mon corps défendant. J’ai été saisie par ce film, par cette musique, par ces rythmes, ces images magnifiques de tissus chatoyants, ces corps peints, ces façons de se mouvoir sur scène, ces ondulations de corps et gestes des mains.

Bien sûr cela n’est pas toute l’histoire. Car il y a une histoire dirait un certain « déjà vue et racontée des tonnes de fois ».

Bon

C’est pour ça que c’est difficile de conseiller ce film, d’ailleurs là n’est pas l’objet de ce billet, car à trop conseiller, les autres sont souvent déçus.

Juste équilibrer la critique du tenancier qui s’est « énormément ennuyé » peut-être.

Karinette des Oibs, le 3 janvier 2026