Le temps des moissons **
Huo Meng
Tragédie souterraine
De la fin du printemps au milieu de l'hiver, comme une plongée vers le gris, de plus en plus sombre dans son propos, ce film qui prend parfois des allures de documentaire est magnifique dans sa facture, d'une grande maîtrise formelle, montrant la fin d'une époque avec beaucoup de détails, et pourtant jouant énormément avec la suggestion, le non-dit, l'invisible : on comprend les accidents de la vie, les disparitions, les événements marquants sans les voir. C'est une sorte de tragédie souterraine sous le regard d'un enfant, celui-là même qui deviendra le réalisateur du film. Tout semble juste, parfaitement observé et terriblement universel dans sa manière de décrire la déliquescence du monde paysan, inadapté aux changements du monde alors que l'extérieur n'est presque pas montré. Tout est là, dans les maisons de misère, dans les champs qui servent aussi de cimetière, dans les traditions qui peuvent nous paraître absurdes mais qui sont le ciment d'une société qui s'effrite à cause du progrès et des injonctions de fonctionnaires zélés en visite et en contrôle (c'est tout ce que l'on voit du monde extérieur, et cela ne fait pas rêver...).
La dernière scène, d'une noirceur sublime, résume le film, l'infinie rudesse des conditions de vie mais la solidarité qui relie les personnes qui sont encore là, encore vivantes, pas toutes parties vers les villes... puis ne reste plus que la terre et l'eau, comme vierges d'humanité, et la musique, presque un bruit lancinant, pesant, désespérant.
Sorti le 3 décembre 2025
Vos commentaires
Bon, un peu plus que les moissons. Une bonne année en fait. Une année de vie dure, très dure, à tous les étages. Le travail dans les champs, les injonctions et les contrôles du pouvoir, les mariages forcés, les violences et les désespérances du quotidien, les privations, les rites...
Huau Meng a vécu ça dans la Chine des années 1990. Il avait 10 ans et il le raconte ; un peu avec ses yeux d'enfant, un peu avec ses yeux d'adulte qui sait ce qui a évolué... ou pas.
C'est une chronique familiale, sociale, politique, ethnologique. C'est raide. Intéressant mais raide.
Il y a, bien sûr, des expressions d'affections familiales, quelques rêves d'émancipation... mais, fondamentalement, peu de lumière, peu d'espoirs. J'en suis ressorti assez éreinté.
Thierry D. le 2 janvier 2026