De la Tour au Musée Jacquemart-André

(exposition)

Balèze, l'artiste

 

Avec ma poussine, on est allés voir l'expo Delacroix au musée Jacques Marandré. Ou presque...
Delacroix, c'est le radeau de la Méduse ou bien la dame aux seins dévêtus qui tient un drapeau, et c'était pas ça du tout, l'expo.
C'était De la Tour, et semble-t-il pas du tout la même époque.
De la Tour, c'est le génie de la lumière, vous avez l'impression qu'un spot éclaire drôlement bien le tableau, et non, pas du tout, c'est le peintre avec ses petits pinceaux qui nous fait croire que la bougie est dans la toile. Balèze, l'artiste. Un de ses tableaux les plus connus, c'est le tricheur, un joueur de carte qui planque un as dans son dos, pendant qu'une dame en face de lui fait une tronche pas possible pendant qu'on lui sert à boire. Plutôt amusante, la scène.
Bon. Voyons les  tableaux de Monsieur De la Tour. Effectivement, il sait y faire, question éclairage. Et puis il met des petits détails brillants, pour renforcer les effets, comme une boucle d'oreille en forme de perle, là sur une dame. Dans chaque tableau ou presque, il y a une bougie, parfois cachée par une main (j'imagine les pauvres modèles, ils ont dû se cramer les doigts plus d'une fois). C'est super fort.
Il y a des portraits de saints, aussi. Des pauvres qui ne rigolent pas beaucoup, des personnages recueillis qui ne regardent pas la caméra (pardon, le peintre), des scènes bibliques... tout ça sent un peu le procédé et l'obsession : je te peins un gars, une fille, et je te mets une chandelle quelque part, comme ça d'une part on saura que c'est moi qui l'ai peint, et d'autre part tout le monde verra comment je le fais trop bien. C'est hyper technique, peut-être bien que plus personne ne saurait peindre ainsi. Et en même temps, ça ne ne déclenche pas beaucoup d'émotions. On peut même dire, zéro émotion. Si vous accrochez ça chez vous, vos invités vont dire, ouah, trop fort, on dirait que ça brûle dans l'image. Et puis au bout de deux minutes ils passeront à autre chose, hum, drôlement bonne, ta soupe au potimarron orange.
C'est un peu ça, l'expo. On admire le savoir-faire, et on s'ennuie un poil. Ou on regarde les gens. Parce que des gens, il y en a un paquet, et on les voit de près, tellement les espaces sont resserrés, on se croirait dans le métro. Heureusement qu'on est venus à vélo, comme ça, ça nous dépayse. Et aussi, on se dit que c'est bien, le vélo, parce que le métro, c'est quand même drôlement exigu. Et ce qui est bizarre et un peu agaçant, c'est que pour accéder à l'expo, on traverse plein de pièces du musée plutôt grandes et toutes décorées de la même façon, avec plein de meubles chicos et des dorures partout. Cabinet de musique, grand salon ou boudoir de la comtesse, même ambiance partout. Moi, je t'aurais remisé tout ça dans le grenier ou le cave, et j'aurais étalé les tableaux de De la Tour dans ces grands espaces, on n'aurait pas marché sur les pieds des autres visiteurs et ceux-ci ne nous auraient pas bousculés en prenant une photo avec leur smartphone.
Bon, allez, on va au bout de l'expo, et merde alors, le tricheur n'y est pas. Il est resté au Louvre, c'est pas loin pourtant. Certains tableaux viennent d'hyper loin, de pays exotiques, et ceux qui sont tout près n'ont pas bougé. C'est probablement volontaire. Ça vous plu ? Il y en a d'autres tout à côté, bougez-vous le derrière et vous pourrez les admirer. Oui mais non. Il doit y avoir autant de monde. Je préfère rentrer avec ma poussine en passant par la piste cyclable de la rue de Rivoli, trop bien d'avoir autant de place, tu vois bien que Madame Hidalgo, elle a fait des choses bien. Et si c'est l'autre abrutie de Dati qui prend sa place, elle va te remettre de la bagnole là-dessus, c'est sûr. Autant en profiter maintenant. C'est très parisien, tout ça. Les vélos, l'expo, la fine bouche...
Et en plus, Jacques Marandré, il n'a jamais existé.

 

Février 2026