Blue Heron *

Sophy Romvari

Douceur et désarroi

Œuvre singulière, puissante malgré un certain minimalisme, traitant d'un sujet complexe avec subtilité et délicatesse, ce drôle de héron bleu est clairement construit en deux parties distinctes : d'abord une succession de pastilles mémorielles, très autobiographiques, un peu floues comme sont les souvenirs. Une famille à l'apparence idyllique, pleine d'amour et de tolérance mais en réalité en passe d'être détruite de l'intérieur par l'aîné des enfants, atteint d'un syndrome qui restera inconnu mais qui l'empêche d'avoir des relations apaisées avec son entourage. Jérémy est un adolescent presque mutique, au regard perdu, qui peut mettre sa famille ou lui-même en grand danger. Tour à tour d'une grande douceur ou ayant une attitude très perturbante, il fait régner une atmosphère inquiétante autour de lui. La force de la mise en scène de cette première partie, rêveuse ou naturaliste, c'est de rendre compte de la quiétude et de l'effroi en même temps. Une caméra très mobile, au plus près des personnages, une ambiance sonore originale, mélange de musique symphonique et de bruits naturels, une photographie chaleureuse... tout est au service d'un récit familial attachant qui fait côtoyer des instants de pur bonheur et un immense désarroi. 
Puis, sans crier gare, la deuxième partie vient prendre la place de ces souvenirs. 
Surprenante, déroutante, irréelle sous une apparence presque documentaire, elle pose des questions, sans forcément y répondre, sur tout ce que l'on a vu auparavant. On peut avoir un peu de mal à adhérer aux choix radicaux de la réalisatrice, on peut aussi se laisser complètement embarquer par des correspondances temporelles étonnantes mais qui ont le mérite d'avoir du sens.
Pas un film facile, parfois inconfortable, mais beaucoup, beaucoup d'idées de cinéma. 

 

Sorti le 24 juin 2026