Father *

Tereza Nvotová

Une humanité en questions

Et paf, une grande claque. Qu’on sent venir, même si on ne sait rien du scénario, car on se doute que quelque chose ne fonctionne pas dans cet engrenage de faits racontés en un quart d’heure au début du film lors d’un long plan séquence, impressionnant de rigueur formelle. La suite, en plans séquences également, est moins stupéfiante, moins choquante. Elle tente d’expliquer, d’apporter des éclairages sur ce qui s’est passé, et raconte aussi l’après. Le récit est très clair, il faut tout de même s’accrocher parce qu’il est du côté des deux personnages qui subissent le choc et la situation qui en découle.
Ce pourrait être un film-dossier, mais la réalisatrice ne choisit pas cet angle : certes, ce qui est montré est bien réel, le film aborde un sujet douloureux à l’extrême, mais elle n’en fait pas le seul enjeu. La qualité formelle, les choix forts de mise en scène, de cadrage, de montage (Neuf plans séquences en tout et pour tout) imposent une ambiance très particulière, il y a quelque chose d’épuré qui universalise le propos. Bien sûr, on parle de l’évènement du début qui scelle tout le reste, mais il est aussi question du couple, de la culpabilité, de la survie malgré le cataclysme, de l’humanité dans un sens très large. Il y a quelques faiblesses, en particulier la façon dont est traité un procès : le plan séquence laisse à penser que tout se suit dans un espace-temps plutôt réduit, alors qu’il semble impossible que toutes les interventions soient aussi rapprochées : il en découle une impression un peu étrange, comme irréelle, et il n’est pas certain que cela soit voulu. En tous cas, la maîtrise technique est moins efficace pour cette séquence.
Mais l’ensemble du film a bien plus de forces que de faiblesses, les choix formels sont au service d’une inventivité rare. On peut en sortir sonné, exténué, mais aussi ébloui, avec l’envie de découvrir d’autres œuvres de la réalisatrice.

 

Sorti le 27 mai 2026