Fjord **
Cristian Mungiu
Rigueurs redoutables
Deux rigueurs s’affrontent, s’opposent, se complètent… Il y a d’abord la rigueur du réalisateur, Cristian Mungiu, également scénariste de cette histoire qui semble d’une terrible actualité mais qui en réalité est tout simplement universelle et parvient à traiter de plusieurs sujets à la fois, sans en perdre un seul.
La famille, la sacro-sainte famille est au centre de tout, on la voit ici extrêmement soudée, cimentée par la religion, puis brisée, au devenir incertain.
Le poison des sévices corporels traverse le film, il brûle tout sur son passage, semble prendre toute la place, mais au final, c’est plus de l’acceptation ou du rejet d’une culture différente dont il est question. Mungiu aurait pu choisir une famille musulmane et le port du voile comme élément de conflit, il décale le propos de façon bien plus subtile en déposant une famille aux valeurs chrétiennes très traditionnelles dans une société prête à l’accepter… jusqu’à un certain point.
Une amitié naissante entre deux adolescentes, qui semble impossible de prime abord, vient complexifier les rapports entre les personnages, les bouleverser sans coups de théâtre, juste parce que l’attirance entre deux personnes peut faire vaciller leurs certitudes.
Il est aussi question de la Vérité, puisqu’il y a procès, ou plutôt des multiples vérités qui cohabitent, en fonction des différents protagonistes. C’est d’une intelligence redoutable et ce récit aux nœuds inextricables fait parfois penser à Farhadi et ses presque contes qui vous laissent sans réponses aux nombreuses interrogations qui surgissent à la vision de ses films.
L’autre rigueur, c’est celle de la société norvégienne et plus généralement d’une Europe du Nord qui pousse les curseurs de la protection de l’enfance à l’extrême. Certains parleraient d’ingérence intolérable, d’autres de sauvetage indispensable. La façon dont le film présente l’organisation des protocoles puis des interventions pour que les enfants ne subissent pas d’agression au sein de la cellule familiale est tout à fait saisissante. Cela pourrait être glacial, déterminé, sans aucune tolérance, c’est au contraire d’une retenue apparente bien plus troublante. Les actions semblent mûrement réfléchies, appliquées avec un maximum de délicatesse, mais elles sont radicales… et c’est tant mieux ; ou c’est humiliant ; ou c’est salvateur ; ou c’est destructeur…
Et puis la toute dernière scène, la toute dernière image, la toute dernière phrase entendue… cela peut passer inaperçu, comme cela peut faire douter le spectateur et créer une sidération sans issue, exactement comme la fin de R.M.N., autre film de Mungiu, décidément un réalisateur qui n’aime pas les résolutions, et c’est d’une très grande force.
Sorti le 19 août 2026
Vos commentaires
Un film qui questionne sur des questions sociétales dans la froideur des paysages norvégiens.
Le Papy dans son fauteuil, je n’ai pas trop compris, pourquoi ?
Au clavecin ou dans des chansons pop scandinaves la musique traduit le choc culturel.
L’engrenage judiciaire soulève de multiples réflexions, c’est lent, c’est froid, sans prendre parti, le scénario ne cherche jamais à nous dire quoi penser, jusqu’à la dernière scène, il nous oblige à mettre notre regard en question.
Chaque partie avance selon sa logique, celle qui lui paraît légitime.
Qui est Barbare ? Qui est Victime ? Qui a Raison ? Plus le film avance plus les réponses deviennent impossibles.
Dominique P, le 20 août 2026