Garance *
Jeanne Herry
Aux prises avec la vie
Après le festival Léa Drucker dans La vie d’une femme, voici celui d’Adèle Exarchopoulos. C’est également la vie d’une femme. Moins bourgeoise, comédienne, et aussi addict. La Gabrielle de Léa Drucker était sous l’emprise de son activité professionnelle, dans l’incapacité de prendre du recul sans vraiment s’en rendre compte. La Garance d’Adèle Exarchopoulos est alcoolique, dans une ambiguïté plutôt bien vue par rapport à son addiction : elle se déclare alcoolique en riant, mais n’admet pas qu’elle en est malade et que ses proches la mettent en garde. Dans les deux récits, qui décidément ont beaucoup de points communs, c’est une autre femme qui ouvre la possibilité de guérir. Il est question de désir et d’amour dans les deux films, mais là où la liaison amoureuse de La vie d’une femme se fourvoie dans une histoire un peu vaporeuse, un peu idéalisée, très belle dans les images mais finalement pas très réaliste, celle de Garance touche, par sa façon de montrer comment se construit la relation, de la rencontre comme une évidence jusqu’à l’épanouissement amoureux, par petites séquences où l’intimité nait d’un regard, de quelques mots balbutiés, d’hésitations.
Jeanne Herry aurait pu choisir comme dans Pupille ou Je verrai toujours vos visages, de traiter un sujet en faisant encore un récit choral (on imagine un film racontant les membres d’un espace de parole, du type Alcooliques Anonymes) mais elle surprend en centrant son scénario sur un personnage qui prend presque toute la place. Il y a alors presque trop de thèmes, en plus de l’alcoolisme et la relation amoureuse, il est question de sororité, du cancer, de la situation des intermittents du spectacle, de l’amitié au sein d’une bande de filles, de garçons et autres. C’est curieusement le sujet principal, l’addiction, qui touche le moins, car traité d’une façon un peu scolaire, avec une résolution presque trop simple. Tout le reste, fragilités et errances comprises, dessine un très beau personnage aux prises avec la vie, avec une mention spéciale pour Sara Giraudeau et son personnage, d’une douceur et d’une empathie bouleversantes.
Sorti le 23 septembre 2026