Histoires parallèles
Asghar Farhadi
Cinéma de musée
C’est une sorte de vertige, une promesse inouïe, une somme de talents réunis pour une œuvre comme seul le cinéma peut en produire, avec des histoires entremêlées, des personnages qui trouvent leur double dans l’imagination de quelques autres, c’est la grande complexité et pourtant tout est limpide, fluide, il y a comme une délectation à faire semblant de s’y perdre. Et puis… lorsque le double jeu est éventé, lorsque l’on comprend le procédé, lorsque tous les personnages se retrouvent à leur place et commencent à décortiquer ce qui s’est passé, puis bâtissent un nouveau récit entre eux, fait de mensonges, de faux-semblants, d’attirances plus ou moins mutuelles (plutôt moins, d’ailleurs), le film se disloque et finit par ressembler à un squelette, élaboré sur un scénario très construit, prévisible, tristement d’actualité mais sans subtilité. Il reste en fin de compte une certaine élégance, factice car posée sur des évènements bien trop fabriqués pour être crédibles, des acteurs qui font leur travail sans être transcendants : la mollesse de Vincent Cassel, c’est pas mal vu et inédit, mais on ne croit pas une seconde à son mal de dos ; Huppert sans ses tics de bouche, ça fait du bien mais son côté écrivaine à l’ancienne habillée comme une vieille excentrique fait terriblement cliché. Tout cela ressemble à un fantasme de producteur : prenons un réalisateur-scénariste reconnu pour la délicatesse avec laquelle il traite ses sujets, et donnons-lui la crème des acteurs français, évacuons tout ce qui pourrait ressembler à quelque chose d’un peu trop politique, présentons le film au festival de Cannes, c’est la récompense assurée ! Sauf que non. Ça ne fonctionne pas. C’est de la dentelle virtuose, mais sans l’ombre d’une émotion. C’est parfait, sans aucune fragilité. Du cinéma de musée.
Sorti le 14 mai 2026
Vos commentaires
Les actrices et les acteurs sont formidables ; tout en nuances. L'affiche de "stars" pouvait faire un peu peur... mais non.
Asghar Farahadi a un talent incroyable pour raconter des histoires. Par petites touches, avec le sens du détail mais sans tout dire. Il met le spectateur en situation active, de témoin, avec des interprétations nuancées possibles.
Ça c'est vraiment rare et agréable.
Le socle du film, ce sont les interactions entre l'imaginaire et le réel. L'imaginaire de certaines personnes et le réel d'autres personnes. Mais aussi le rapport réel/imaginaire pour chacun.e
C'est un beau sujet.
Pour autant, j'ai eu du mal à être embarqué, touché par ces personnes (pas assez creusées pour moi), par ce qui leur arrive...
Au delà du dispositif, très élaboré et fin, le fond est un peu décevant.
Thierry D. le 15 mai 2026
Très long. Un Casting de luxe pour un film déconcertant, le réalisateur iranien remplit du vide, heureusement Adam Bessa (belle interprétation) assemble les deux immeubles.
Pas passionnant.
Dominique P, le 20 mai 2026