L'être aimé

Rodrigo Sorogoyen

Lourdeur sentimentale

C’est (encore) un film qui parle du cinéma, de la façon dont on le fait. Bien ou mal. Une grande partie du récit se déroule pendant un tournage, et certaines scènes pourraient figurer dans un making-of fictif, tant elles semblent crédibles. Il y a plus de tensions que de joies, le personnage du réalisateur instaure des relations qui ne respirent pas la confiance, c’est plutôt intéressant mais aussi un peu éprouvant. Et puis il y a aussi, à l’intérieur de ce tournage, un règlement de comptes entre un père (le réalisateur) et sa fille (actrice du film). Là aussi, c’est extrêmement tendu, aucun des deux ne parvenant à établir une relation apaisée. Bardem et Victoria Luengo sont formidables de justesse, de nuances, très subtils dans leurs jeux respectifs. Mais l’ensemble du film souffre de cette juxtaposition de deux récits parallèles aussi chargés l’un que l’autre, sans cesse sur le fil de la rupture. Il n’y a pas de respirations, tout cela manque de contrastes, trop de tensions finissent par tuer la tension. Et puis tous les autres personnages ne font que passer, n’ont que des scènes annexes, plaquées, rallongeant inutilement le film sans offrir d’ouvertures.

L’entreprise n’est pas sans rappeler le récent Valeur sentimentale, avec là aussi un face à face entre un père réalisateur et sa fille comédienne, mais les autres personnages avaient beaucoup plus d’épaisseur, le récit proposait plusieurs pistes toutes aussi intéressantes les unes que les autres, et la mise en scène parvenait à montrer autant de légèreté que de pesanteur. Ici, dans cet être aimé, tout est plutôt lourd et grave.

 

Sorti le 16 mai 2026

Vos commentaires

Un face à face entre un père et sa fille. Un face à face entre un réalisateur et son actrice. Deux récits forcement entremêlés.  C'est le sujet.
Un face à face, aussi, entre l'actualité brûlante d'un tournage et le passé, avec son lot de souvenirs, de dénis, de rancœurs, de souffrances...
C'est formidablement joué par les deux têtes d'affiche. Je mets d'ailleurs un petit billet sur le prix d'interprétation pour Javier !
Il y a une tension, des gros plans très forts (la première scène est top !), des silences... 
Mais (comme pour histoires parallèles), le scénario est finalement assez léger. On comprend vite le propos sans être vraiment nourri. Par conséquent, des longueurs s'installent, voire un poil d'ennui entre deux séquences fortes...
L'impression, aussi, que les autres personnages auraient pu enrichir l'histoire, apporter des choses... ce n'est pas le cas. 

Thierry D. le 17 mai 2026