La Frappe *

Julien Gaspar-Oliveri

Réalité traumatique

Rude, aride, radical dans son traitement, ce film aborde l’inceste sans jamais le montrer, par le biais du traumatisme qu’il peut infliger, même des années après. Prenant à rebrousse-poil quelques clichés sur le sujet, il déroule le récit des retrouvailles entre deux très jeunes adultes et leur père qui sort de prison. Le père, joué par Bastien Bouillon, semble doux, charismatique, tandis que les deux jeunes sont à fleur de peau, la colère ou la crise de nerfs jamais vraiment loin. Tout n’est pas dit, loin de là, ce que cette famille a enduré, ce qu’en savent les proches, ce que les services sociaux ont pu mettre en place… C’est le présent qui est évoqué, c’est un jeune homme et sa sœur, perdus, brisés, en quête d’un équilibre et d’amour mais n’ayant pas les armes pour vivre la nouvelle cohabitation avec leur ancien bourreau. Malgré le sujet, lourd, terrifiant, l’ensemble n’est à aucun moment un film dossier, il suggère plus qu’il ne montre, il utilise un langage cinématographique parfois éprouvant (beaucoup de gros plans, caméra à l’épaule, scènes étirées jusqu’au malaise) mais toujours signifiant, impossible d’échapper à la tension, le montage usant de contrastes entre scènes silencieuses et coups de gueule donne une impression saisissante de réalité, refusant tout pathos ou quête d’émotions. Les acteurs sont au diapason des enjeux, Bouillon à contre-emploi (comme l’était Deladonchamps dans Les Chatouilles), Diego Murgia et Romane Fringeli tout en nuances, tous les trois complètement crédibles.

 

Sorti le 2 septembre 2026