Minotaure **

Andreï Zviaguintsev

Subtilité impressionnante

Les films de Zviaguintsev sont à double tranchant : il y a tout d'abord un aspect brillant, impressionnant de maîtrise formelle, par leur montage, leur photographie, leurs cadres, leur rythme contrasté avec une alternance de séquences qui prennent leur temps, exposant des situations plutôt lourdes, graves, et d'accélérations formidables qui remettent en cause l'avancée des récits, leur faisant prendre d’autres directions.
Et puis il y a, toujours, énormément de subtilité dans les interactions entre les personnages, dans la signification du scénario. L'ambiguïté et la complexité règnent, rien n'est tout à fait comme ce qui nous est montré, chaque détail de la mise en scène peut engendrer une interprétation différente, malgré l'apparente limpidité des enchaînements.
Ce Minotaure est un Zviaguintsev pur jus, se prêtant à de multiples lectures : une variante aux couleurs de polar d'un film de Chabrol (la femme infidèle), une évocation acide des manières pas très reluisantes des oligarques russes pour suivre les injonctions d'un état tout puissant et pourtant malade, des allers retours entre une histoire mythologique et la façon dont quelques personnes du vingt-et-unième siècle s'arrangent avec la tragédie qui mine leur vie, une description minutieuse, effarante, effrayante et implacable du basculement d'un personnage à l'humanité vacillante vers quelque chose de monstrueux, sans que jamais la mise en scène ou le scénario ne chargent le portrait. 
Le film, au sortir de la projection, laisse une impression de froideur un peu vaine, une splendeur formelle impressionnante mais vide, puis très vite, l'esprit recolle les morceaux, éclaire les rouages, révèle des interprétations vertigineuses. 
La scène ultime, longue, mystérieuse, presque abstraite, résiste à l'entendement. Qu'a voulu dire le réalisateur ? On ne peut, au vu de l'ambition du film, juste penser que tout n'est que nuages et illusions. Il y a probablement autre chose.

 

Sorti le 14 octobre 2026