Un jour avec mon père

 Akinola Davies

Fantomatique 

C'est le récit d'une journée qui fait basculer le Nigéria dans une crise politique, une élection volée, des espoirs brisés... tout cela vu à hauteur d'enfant, deux frères emmenés par leur père pour voir la ville, Lagos, agglomération bouillonnante... et puis à la toute fin, ou peut-être avant, comprendre ce qui tient du rêve, ce qui tient de la réalité, et enfin découvrir le titre original du film, My father's shadow, ah, c'était donc ça...

Cela pourrait être magique, lumineux, mystérieux, parler de la relation paternelle et de la situation politique explosive. Sauf qu'il y a de tout un peu, et rien ne fonctionne tout à fait. 

Le père d'abord, qui n'a rien d'une ombre, manquant de caractère, ni inquiétant ni autoritaire, mais pas non plus assez tendre avec ses fils, un homme qu'on a du mal à saisir, non parce qu'il est porteur de zones troubles, mais plutôt parce que sa description semble floue, molle, pas très incarnée par l'acteur. 

La ville ensuite, dont on ne voit pas grand-chose, car les événements décrits ont presque trente ans et qu'elle a certainement beaucoup changé. Difficile d'évoquer la vie trépidante d'une mégapole africaine pas encore modernisée, ses mini bus jaunes, sa lagune, ses encombrements permanents, avec quelques plans serrés sur les personnages pour sans doute éviter de montrer ce qu'elle est devenue. La ville dans le film a bien de la peine à exister, on n'en voit que des morceaux minuscules, pas de foule, pas de sentiment d'oppression.

Même chose pour le coup d’état annoncé à la télévision et qui annule l’élection, dont il est bien difficile d’en saisir les enjeux, comme si finalement, ça n’était qu’une péripétie parmi d’autres.

Le mystère enfin, les choses inexpliquées, les ambiguïtés, la mort qui rode... la mise en images donne une curieuse impression, comme une volonté de faire un film très contemporain dans sa forme, avec des effets et peu de moyens. Il y a plus de confusion que de subtilité, et la lumière, terne, n'aide pas à se laisser emporter.

Au final, l'ensemble n'est pas inintéressant car le propos est séduisant mais la réalisation n’est pas aboutie.

 

 

Sorti le 25 mars 2026

Vos commentaires

Très fort ce film. Et très délicat.

Il y de la lenteur et de l'effervescence ; des plans fixes très poétiques et des flous saccadés. Il y est question de l'intime et du politique. De tendresse et de violence. D'engagements et de résistance. 

Le regard d'un père sur ses enfants et sur sa vie. Le regard d'enfants sur leur père et sur la vie.

On est embarqué... à la fois dans le chaos de Lagos et dans l'intimité de cette famille. 

Vu il y a une semaine et il diffuse toujours !

Thierry D. le 29 mars 2026